Bon allez, mais Thabor un café…

Torpeur matinale

La veille, le gardien du refuge avait été très clair « Le temps se couvrira en début d’après-midi alors partez à la fraîche et tout ira bien. Si vous prenez la pluie, c’est vraiment que vous n’avez pas de chance… »

Dès potron-minet nous voilà donc devant notre café, prêts à affronter les 800D+ qui nous mèneront au sommet de ce fameux Mont Thabor, à presque 3200 mètres d’altitude. Quelques nuages s’accrochent au relief mais vraiment rien d’inquiétant. La chance semble nous sourire cette année encore. En signe de confiance totale dans le beau temps, JC installe son chargeur solaire sur son sac.

Un matin tout tranquille, et serein…

L’itinéraire que nous avons choisi requiert de revenir jusqu’au Col de la Vallée étroite avant de bifurquer nord-ouest pour suivre lascivement les courbes de niveau entre 2450 et 2500 mètres. La ballade est tranquille et les photos s’enchainent sur le paysage qui est ici verdoyant.

Cette progression douce ne nous inquiéte pas outre mesure. Nous oublions presque que nous ne sommes pas encore arrivés à 2500 mètres. Le temps reste magnifique et nous observons sans appréhension quelques nuages passer sur le Mont Thabor.

Lac du Peyron

Réveil brutal

Tout à ma contemplation, je me laisse conduire par ce chemin qui serpente entre l’eau et la pierre. C’est l’esprit cotonneux et finissant ma courte nuit que je débouche sur les Chances du Peyron, certainement nommées ainsi car elles offrent une dernière chance de faire demi-tour. En effet, c’est à ce moment que le sentier entre dans un décor beaucoup plus aride. Il contourne une cassure de terrain qui jusque-là masquait opportunément la réalité des choses et transforme le randonneur somnolent que je suis en astronaute à qui on aurait piqué son scaphandre. C’est comme si on ressuscitait le Dormeur du Val après l’avoir posé sur la lune. C’est minéral, chaotique, tourmenté. La végétation refuse l’altitude et les éboulis. Le ciel lui-même décide de s’adapter et les nuages accourent.

L’ascension tant attendue commence ici. Le sentier franchit le bien nommé Col des Méandres, tire quelques bords pour gagner du dénivellé et s’installe sur la crête d’une moraine. On réalise soudain quel monstre trônait ici à l’ère glacière et de quelle manière il a sculpté le terrain. Comme pour ajouter au côté théatral de la montée, deux croix émaillent le parcours et une chapelle garde les derniers mètres.

Cinquante nuances de beige

Par sa situation, le tracé ne peut se permettre aucune fantaisie et c’est « droit dans l’pentu » que les 3000 sont franchis. Je vois mes camarades s’éloigner et je cherche ma motivation dans le ciel qui blanchit de plus en plus. J’ai passé mon traditionnel « point dur » des 2000 mètres la veille et je ne ressens étonnament pas de fatigue particulière malgré mon manque global d’entrainement. Bien sûr je traine quelques kilos en trop mais j’ai fini par l’accepter. De toutes manières, je ne marche pas vite, avec ou sans entrainement, avec ou sans ma confortable garniture abdominale. Je l’ai redis à JC tout-à-l’heure, l’échec serait pour moi de ne pas arriver en haut. Y arriver en dernier n’a aucune importance. Il m’a répondu que certains sportifs de haut niveau se mettaient parfois dans cet état d’esprit. Cela m’a marqué sans que je comprenne réellement la portée de sa phrase. JC si tu me lis, il faudra qu’on en reparle !

Plus je progresse, plus l’ocre de la terre se dilue dans les nuages. Tout se teinte de nuances de gris et de beige. Au moment où je ressens les premières gouttes de pluie je me remémore les paroles du gardien hier soir. Je m’arrête pour mettre en place mon couvre sac. D’expérience, c’est suffisant pour faire cesser la pluie et cette fois encore cela fonctionne… Je passe la chapelle et j’aperçois le cairn sommital.

Chapelle du Mont Thabor
Cairn du Mont Thabor

Malgré quelques taches de bleu pastel au dessus de nous, tout espoir d’admirer le paysage est désormais perdu. C’est une sensation très particulière. Nous savons que nous sommes à une altitude relativement élevée, que l’endroit domine tout son environnement proche, à l’exception du Pic du Thabor que nous devrions presque toucher du bout des doigts, mais nous nous sentons comme sur un ilôt. Le chemin par lequel nous sommes arrivés fond dans les nuages, comme la crête par laquelle nous allons repartir et tout baigne dans une lumière étonnante, confirmant que le plafond de nuages n’est pas épais

JP en pleine séance photos

Comme il n’est que 11h00 et que le brouillard s’accroche, nous décidons de différer notre pause déjeuner pour chercher un endroit plus chaleureux. Le sentier se poursuit par une crête où la roche devient grise. Ce n’est plus lunaire, mais froid et inhospitalier. Nous sommes seuls sur cet itinéraire. La visibité est faible et heureusement la trace est large et confortable même s’il nous faut ranger les bâtons et s’aider des mains pour certains passages.

Je suis content parce que j’aime ce genre de terrain. Sans aller jusqu’à la Dent de Savigny ou la sévère arrête ouest de la Pointe de Paray, rares sont les sommets fribourgeois qui ne finissent pas par un peu de grimpette ou quelques passages gentiment acrobatiques. Je me sens donc comme à la maison !

Du noir déjà broyé

Nous nous posons à l’abri du vent juste après le Col de Valmeinier pour profiter de notre casse-croûte. Il ne fait pas vraiment froid mais l’ambiance reste grisâtre. Nous entamons la descente vers le refuge des Drayères qui sera notre deuxième étape. La roche devient carrément noire et nous évoluons dans des blocs de plus en plus gros. Difficile de suivre le sentier. Quelques névés encore présents nous permettent de descendre plus facilement et plus rapidement. Je suis Christophe et JP nous emboite le pas. JC reste prudemment en hauteur. Je jette un oeil rapide à iPhiGéNie pour constater que mon abonnement Géoportail vient d’arriver à échéance… Je suis en France, je n’ai pas de réseau pour pouvoir le réactiver. Adieu donc aux cartes au 1/25000. Pour ceux qui n’en étaient pas convaincus, voici bien la preuve qu’il faut absolument avoir une carte papier dans son sac. Un abonnement peut se renouveler à l’avance (quand on est prévoyant…) mais une casse du téléphone ou une simple panne de batterie peut arriver n’importe quand.

Je me retrouve donc en fond de vallon, persuadé d’être « à quelques mètres » du tracé. JC est très au dessus de moi, sur une arête. Il bénéficie encore de son téléphone et surtout il possède une expérience de l’orientation en montagne bien plus solide que la mienne. Il a suivi le bon itinéraire. Christophe et JP qui flairent mon erreur remontent déjà vers la crête. Il me faut encore quelques minutes pour comprendre à quel point je suis à côté de la plaque et pour accepter de remonter au moins 100D+ dans un éboulis noirâtre et pentu qui s’enfonce sous mes chaussures. Heureusement Christophe est devant moi. Il a une très bonne analyse du terrain et j’observe sa trajectoire qui se révèle être la meilleure pour rejoindre le sentier.

Refuge des Drayères, chemin facile…

Après cette petite péripétie, nous commençons ce qui sera la dernière partie de la journée. La descente passe par un grand plateau herbeux où nous décidons de faire une sieste car il est encore tôt et que nous avons du temps devant nous. De plus le soleil tente un retour timide mais bienvenu. Profitant de l’abri d’un rocher, je m’allonge et observe la course des nuages. Des mauvais coucheurs diront que j’ai ronflé…

King size bedroom

Un dernier choix nous est proposé à l’approche du refuge. En effet, un panneau indique deux directions pour Les Drayères, dont une facile. J’aurais volontiers suivi cette dernière mais j’ai perdu à trois voix contre une lors d’un vote éclair. Dans les faits, la différence entre les deux parcours est anecdotique !

Refuge des Drayères

Une magnifique deuxième étape malgré le temps. Un passage au dessus de 3000 mètres, des paysages grandioses (quand on les voit) et aucune difficulté. Ce massif est décidément une très belle découverte.

Refuge du Mont Thabor – Refuge des Drayères, via le Mont Thabor

La troisième étape est également prometteuse, alors à suivre…

Une réflexion sur “Bon allez, mais Thabor un café…

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