Petit déjeuner au Lys

Matinale…

Quand elle m’appelle et me dit « J’aimerais monter à La Dent de Lys » je ne vois aucune raison de refuser. Je suis déjà monté plusieurs fois, c’est à quelques kilomètres de chez moi, tous les voyants sont au vert.

J’ai compris où était le piège quand, deux jours plus tard, elle me demande « À quelle heure se lève le soleil ? »…

Nous voici donc à 3 heures du matin, Pimprenelle (nom d’emprunt), Willy Wanka (nom d’emprunt également, quoi que…) et moi, sur le parking de La Cagne, frontales visées sur la tête, prêts à affronter la nuit noire et froide, la montagne hostile et les éléments déchainés dans la solitude des grimpeurs matinaux. Bon, en ce qui concerne les éléments déchainés, le temps était plutôt doux. La montagne n’était pas vraiment hostile non plus et ça n’était pas la Pimprenelle de la télé ni le Willy Wanka de Charlie. La solitude alors ? Même pas. Quelques jours après le début du déconfinement, les montagnards étaient pressés de sortir et c’est accompagnés d’un groupe d’au moins 15 personnes que nous entamons l’ascension (le jeudi 21 mai donc…).

Pimprenelle et Willy Wanka

Ceux qui connaissent le trajet comprendront que le tracé n’est pas propice aux photos nocturnes, du moins dans sa première partie et tant que le jour ne pointe pas son nez.

Nous montons la piste en direction du Pralet les yeux un peu lourds. La nuit a été courte. En partant de chez moi j’ai croisé quelques membres des générations futures qui rentraient se coucher. Je commençais ma journée quand eux terminaient celle de la veille. Le voyage dans le temps à la portée de tout le monde !

Lorsque nous arrivons au Pralet, les frontales sont encore nécessaires mais le ciel commence à pâlir. Nous avons réussi à semer le groupe qui voulait nous suivre puisqu’ils sont désormais loin devant nous… Willy Wanka a pris la tête de notre trio. De temps en temps, une odeur de chocolat nous signale qu’il nous attend. Je perçois aussi le parfum des fleurs. C’est étonnant une progression de nuit, d’autres sens se mettent en éveil. Nous continuons sur le chemin forestier qui nous emmènera au col de Lys. Au pied du col, le paysage commence à apparaître. Les nuances vont du noir au bleu en passant par des ocres improbables. Teysachaux et le Moléson se découpent sur le ciel. C’est féérique. Notre progression ne s’en trouve pas accélérée mais nous prenons tous des photos sublimes. En passant, merci Richard pour cette photo de couverture somptueuse.

Col de Lys

La montée au col se déroule comme une simple formalité et nous commençons à voir redescendre certains membres du groupe qui nous précédait. Pas le temps de regarder le paysage, pour eux c’est le chrono qui compte. Nous suivons la crête vers le grand final alors qu’il nous paraît de plus en plus évident que nous ne serons pas en-haut pour le levé du soleil. Ce n’est pas très grave, nous en avons déjà pris plein les yeux. J’ai simplement peur que notre prochaine sortie démarre encore plus tôt !!!!

Levé de rideau

Sur l’arête nous continuons à nous émerveiller de la lumière. Je connais le paysage qui nous entoure mais c’est comme si je le découvrais pour la première fois. Une petite tente est plantée dans le vallon. Voilà une chouette idée pour assister au couché et au levé du soleil sans amputer sa nuit. Je dis ça, je ne dis rien…

Cette petite traversée est l’occasion de quelques pitreries à peu de frais mais à grosse montée d’adrénaline. Je ne mets pas toutes les photos…

Nous croisons à ce moment là nos premiers bouquetins de la journée ainsi qu’un troupeau de chamois aussi surpris que nous de voir tout ce monde alors qu’il est à peine 6h30. Nous arrivons en vue du sommet qui nous attend.

« Et au fond tu vois le Vanil Noir, le Vanil de l’Ecri et la Pointe de… Oui on sait !!! » (Photo ©zorotte1)

Dressing Room

Mes camarades de jeu découvrent avec gourmandise les passages amusants du parcours. Les éboulis glissants, les chaines, tout ce qui fait le piquant de ce final.

Les jours précédents nous avions décidé de plusieurs choses à faire au sommet. D’une part un petit déjeuner digne des meilleures tables avec café, tresse, confiture, jus d’orange, d’autre part une petite séance photo en tenue, disons, différente… Il n’a pas été difficile de sortir la tresse et la confiture. On peut dire que ça s’est même très bien passé !

La suite a été un peu plus compliquée. D’abord à 7 heures à 2000 mètres ce jeudi il fait un peu frais et il est difficile d’accepter de quitter nos habits chauds pour enfiler pour certains une simple chemise et pour d’autre une robe légère. Cet obstacle psychologique franchi, il faut encore pouvoir supporter de se trouver en sous-vêtements au sommet de la Dent de Lys potentiellement entourés de randonneurs inconnus.

Pour le moment nous sommes seuls. Mes coéquipiers commencent à sortir leurs affaires. Je regarde sur le sentier. Deux personnes sont en approche. Arrivée estimée à plus ou moins dix minutes. Nous nous lançons. Les chaussures de montagne valsent et nous voilà tous les trois pudiquement dos à dos en essayant de garder un air naturel. Les doigts froids peinent à fermer les boutons. Les garçons trichent en gardant leur mérinos sous les chemises mais Pimprenelle a opté pour une tenue où cela n’est pas possible ! Nous commençons à entendre deux voix qui se rapprochent. Satané bouton de col qui refuse de se fermer et j’ai encore un noeud papillon à mettre…

Je ne vais pas essayer d’imaginer ce que les deux personnes qui sont arrivées au sommet de la Dent de Lys ont pu penser en nous voyant… Je ne me permettrai pas de publier des photos de mes camarades ici. Ce n’est pas l’envie qui me manque car ce matin, ils sont dans l’Oberland bernois et m’envoient des images à damner pendant que je suis cloué chez moi ! Je reste au dessus de la tentation et payerai seul de ma personne. Si vous connaissez mes compères, demandez-leur !

Est-ce que ça marche ? Oui…

Un grand merci au deux randonneurs qui ont malgré tout accepté de faire quelques photos pour nous et un grand pardon pour avoir patiemment assisté à notre retour aux habits de montagne !

@Ri Chard

Après ce petit épisode nous voilà plongés dans la contemplation du paysage et dans un petit repos bien mérité. Le soleil nous réchauffe et il est le bienvenu. L’ami bouquetin vient nous rendre visite, sans doute lassé d’attendre notre départ !

Il est 9h30, nous décidons de descendre. Je suis content, les yeux et l’âme satisfaits. Je connais le chemin par coeur et les petites difficultés de la descente ne me font pas peur. Je regarde mes camarades suivre du regard un parapentiste qui est parti depuis une pente herbeuse favorable.

Dent 1 – Cheville 0

Nous arrivons au dessus de la dernière chaine. Je suis en tête. Je jette un oeil derrière moi pour m’assurer que tout va bien. Mon pied gauche glisse sur la terre sèche pendant que le droit reste planté au sol. Le craquement dans ma cheville sonne encore dans ma tête. La douleur est intense. Je regarde Pimprenelle. J’ai mal. Elle improvise aussitôt une séance dont elle seule connaît le secret. Au bout de quelques minutes je peux me lever mais je me dis que la suite va être longue. Je peux à peine faire bouger mon pied de haut en bas et la moindre rotation remonte la douleur jusqu’au milieu de mon tibia. C’est compliqué dans ma tête également. On est au début de la saison et j’ai plein de projets de rando. Ce week-end nous devons partir camper (et ils sont partis ces deux malotrus !). Je franchis la dernière chaine en serrant les dents. Pimprenelle et Willy suivent et elle manque de glisser aussi. Heureusement plus de peur que de mal.

Nous nous frayons un passage dans la foule montante et arrivés en bas du col de Lys ils arrivent à me décider de rejoindre la route d’alpage la plus proche pendant qu’ils récupèrent la voiture pour revenir me chercher.

Il sera 13h00 quand nous nous retrouverons.

Epilogue

En montagne il faut rester concentré. J’ai peut-être un peu oublié ça ce jour là.

Un grand grand grand grand merci à mes deux coéquipiers du jour qui ont fait que ce n’est pas ma blessure qui restera comme le plus fort souvenir de cette super journée mais bien cet excellent moment passé avec eux.

Une réflexion sur “Petit déjeuner au Lys

  1. gerber arlette

    Bien sûr je ne vais pas aller physiquement faire cette randonnée, mais à travers ton écriture et tes photos, c’est bien plus qu’une ballade que je fais.
    Cette écriture là donne le désir de retrouver ces espaces de montagnes et bien plus encore…
    Merci de tout coeur.

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