Cent mètres

Voilà, le Tour est passé. L’objectif initial est derrière moi et il faut conserver la motivation. Ce n’est pas si difficile en fait. Il faut faire l’effort de se lever un peu tôt mais une fois le départ donné je sais ce que je vais trouver en haut. Déjà au fur et à mesure de la montée il y a le sentier à découvrir, le paysage qui se dévoile, la photo à prendre absolument depuis cet endroit et à reprendre deux cents mètres plus loin parce que c’est encore mieux, et surtout le sentiment de liberté, savoir que tout ce qui est nécessaire est dans ton sac et rien de plus.

J’ai besoin de retrouver tout cela ce matin du 10 août. Le retour à la réalité a été un peu brutal après la fin du TMB et je cherche un itinéraire peu fréquenté pour avoir un peu de tranquillité. J’ai étudié plusieurs possibilités. Mon choix est fait, ce sera la Pointe de Paray. Elle complète bien ma série des sommets du Haut Intyamon et en plus, il y a une croix au sommet ce qui est parfait pour ma collection ! Si tout se passe bien je bouclerai même par le Vanil de l’Écri. Un joli 1200D+ en perspective. Il fait un temps magnifique alors qu’il est tombé des cordes les jours précédents. Rapidement mon sac échoue dans le coffre, direction Granvillard.

Le parking des Baudes est déjà pas mal occupé alors qu’il n’est pas encore 8h30. J’enfile mes chaussures, je ferme la voiture et me voilà parti sur ce sentier que je connais déjà, au moins jusqu’au lac de Coudré. Au lac je bifurque pour suivre le chemin qui me conduira à Fédjîre.

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Une trace bien raide dans les cailloux

Démarrage laborieux

Je suis une trace large et caillouteuse taillée dans la forêt à la mode locale, droit dans la pente. Heureusement ça ne dure pas et je débouche à l’alpage. Je cherche le passage à travers les clôtures électriques et je me décide à demander au berger qui m’indique le meilleur chemin pour la pointe. Je traverse le pâturage gorgé de beuses et je me dirige vers un petit col derrière lequel je dois trouver un sentier. Je trouve effectivement un sentier. J’en trouve même plusieurs. Je trouve aussi une clôture et en toute logique je la longe en me dirigeant vers mon but final. Je suis dans un très gros dévers, je ne vois pas de passage à travers cette clôture qui semble me barrer le chemin jusqu’à un passage rocheux infranchissable. Me voilà coincé au sommet de ce vallon pentu avec en contrebas des barbelés et qui me promettent une épilation en profondeur si je glisse vers eux. Je sors mon topo, je relis et je me rend compte que je dois chercher un passage dans la direction opposée. Je repars, les chaussures chargées de boue et je fini par trouver une échelle permettant de passer par dessus la clôture et de descendre le vallon en suivant un des chemins creusés par les troupeaux.

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À franchir avec des chaussures boueuses !

Je sais que je vais devoir ressortir du parc à bestiaux juste avant d’arriver à Chenaux. De là où j’ai du mal à distinguer une quelconque installation pouvant me faciliter le passage alors que je vois très bien la trace continuer après l’obstacle. Le temps se couvre un peu et je tourne en rond au même endroit depuis trop longtemps à mon goût. Je continue d’observer les fils, électriques cette fois, qui me barrent le passage quand j’aperçois enfin la poignée salvatrice qui me permettra d’ouvrir le fil sans prendre une secousse. Je reprends confiance. Le sentier est désormais clairement tracé dans un joli sous bois qui monte en pente douce. Je progresse tranquillement et me voilà de nouveau stoppé par un fil. Il longe la lisière du sous bois et semble ne pas vouloir laisser passer le randonneur. Je fais quelques aller retour pour trouver l’endroit le plus bas et j’enjambe l’obstacle en prenant soin de ne pas le toucher ! Me voilà dans un pâturage d’herbes hautes où je peine une fois de plus à retrouver le sentier. Je choisi un chemin court qui me permet de rejoindre Petsernetse sans forcer. Je dois une fois encore chercher la bonne méthode pour franchir la clôture que je sais alimentée car j’entends les claquements de la batterie à l’intérieur du chalet ! Me voilà de l’autre côté près à affronter la partie la plus sauvage du parcours alors que le terrain est de plus en plus humide.

Erreur de débutant

Un troupeau de génisses m’attend au pied des Rochers de Saint Jacques. Certaines ruminent à l’ombre des gros blocs qui se sont accumulés dans la cuvette. Elles sont calmes. Avant d’entamer la montée de l’éboulis, je sors mes noisettes et mes baies de goji. Erreur… une génisse se lève et vient vers moi. Je suis sur un bloc, je ne bouge pas. Une deuxième se lève. Elles se rapprochent. Trois, puis quatre s’intéressent à moi. Ne voulant pas louper une occasion de manger quelque chose, celles qui étaient posées sur les flancs du Curtillet se mettent à courir dans ma direction en achevant de mobiliser le troupeau. Je ne suis pas craintif et les vaches ne me font pas particulièrement peur, mais un sentiment bizarre m’a fait descendre en vitesse de mon perchoir et attaquer le pierrier avec mon paquet de noisettes à la main. Je ne me voyais pas attendre qu’elles m’encerclent complètement en attendant que je leur donne mes provisions !!! En marchant rapidement, je longe la clôture, encore une, qui m’empêche de prendre de la hauteur. Les plus décidées de mes copines bovines sont toujours à mes trousses. Pourvu qu’elles ne se blessent pas dans les blocs. Heureusement pour moi l’éboulis dans lequel je progresse semble constituer un obstacle suffisant car le fil électrique s’arrête, me permettant de sortir du parc. Derrière moi les poursuivantes se calment, m’ayant probablement oublié. Loin des yeux, loin de l’estomac !

J’arrive au col situé entre les Rochers de Saint Jacques et la Pointe de Paray. Les choses sérieuses vont vraiment commencer. L’arrête herbeuse est beaucoup plus raide que ce que j’avais imaginé et la terre est très grasse. Je marche en équilibre et l’élargissement du chemin s’accompagne d’une augmentation de la pente. Pour accentuer l’impression d’isolement que je ressens, de gros nuages viennent périodiquement lécher la pointe devant moi et la Croix posée à son sommet semble jouer à cache cache. Je continue. Une petite douleur au dessus du genou vient me dire que je monte trop vite. L’effort pour échapper aux génisses était conséquent et il a laissé des traces.

Fini de jouer

Le sentier se fait rocailleux puis carrément rocheux alors que mes chaussures sont chargées de boue. L’adhérence n’est pas au top. Je range les bâtons pour m’aider de mes mains. J’avance de marques de peinture en marques de peinture. Les nuages deviennent plus denses au dessus de ma tête. Je progresse de plus en plus lentement et la croix semble s’éloigner. Un fracas de roches dégringole du Grand Perret en dégageant un gros nuage de poussière. Accroché au calcaire blanc et lisse, je lis le passage de plus en plus difficilement et je suis mal à l’aise sur des marches de plus en plus petites. Mes semelles sont toujours très humides et j’ai du mal à ressentir leur accroche.

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Que dire de plus…

Le sentier bute sur un ressaut rocheux. Je ne comprends pas le passage. Faut-il le contourner en s’exposant au vide ou faut-il l’escalader sur des prises rares et peu franches ? Je reste en équilibre sur la pointe des pieds pendant quelques instants en essayant de trouver un marquage qui me donnerait une explication. Rien à faire je ne vois pas. Le stress augmente un peu car à étudier le terrain je me rends compte que je suis vraiment isolé sur un rocher abrupte. Je vois la croix, cent mètres au dessus de moi. Ma montre affiche 2250 mètres. Je fais quelques pas vers le bas pour être plus à l’aise. Le contournement au dessus du vide paraît être la meilleure voie mais je ne me sens pas de le faire. La boue sur mes chaussures, l’isolement, la roche trop lisse et mes genoux toujours douloureux me bloquent. Je redescends, tant pis pour la boucle.

Comme il fallait s’y attendre, mon corps me présente la facture de l’effort et j’entends presque mes genoux grincer ! La pente me semble encore plus raide dans ce sens mais je suis plus tranquille d’avoir pris cette décision. Je rejoins le col sans problème. Mes amies bovines sont parties du côté du Curtillet et seuls quelques chamois crapahutent sous le Plan de l’Écri. Évidemment le ciel se dégage et le bleu s’installe partout au dessus de ma tête.

Hormis une bonne décharge électrique prise lors de franchissement d’une clotûre à vache, le retour se finira de façon beaucoup plus calme ! Savoir renoncer, c’est toujours une leçon !


Conclusion

Bien évidemment une sortie à réserver aux semelles averties. Si l’approche est facile et ludique par la recherche de l’itinéraire qu’elle implique, elle reste peu captivante si le but n’est pas le sommet. Et le sommet par là, il est compliqué. Il ne faut pas avoir le pied qui tremble et la tête qui tourne au moindre vide. La chute n’est pas admise. J’ai refait quelques sorties sur la Dent de Lys ou le Moléson depuis et depuis ces points de vue on peu voir la Pointe de Paray et on comprend que l’épaule n’est pas simple à franchir. Prudence donc.

Pointe de Paray

Une réflexion sur “Cent mètres

  1. gerber

    Ah revoilà ton humour, j’adore l’épisode avec les vaches et tu le décris si bien que je peux imaginer la scène…. les vaches qui t’entourent peu à peu, l’ étonnement sur ton visage, un peu de frissons…. on ne sait pas qui sont ces vaches en fait ! des mangeuses de noisettes ou bien…. simplement des curieuses qui ont envie de compagnie et la tienne leur plait ma foi !
    Merci pour ce …drôle de récit

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